Sœur du roi François Ier, reine de Navarre, protectrice des lettres et autrice de L’Heptaméron : Marguerite d’Angoulême traverse toute la première moitié du XVIe siècle français. Portrait d’une princesse souvent confondue avec une autre Marguerite, née soixante ans après elle.
Marguerite naît le 11 avril 1492 au château d’Angoulême. Elle est la fille de Charles d’Orléans, comte d’Angoulême, et de Louise de Savoie, et l’aînée de deux ans du futur roi François Ier. C’est cette naissance angoumoisine, et non un quelconque lien avec la maison de Valois-Angoulême par alliance, qui lui vaut son nom de « Marguerite d’Angoulême ».
Une mère, pas une belle-famille
Sa mère est Louise de Savoie, de la maison de Savoie. C’est son second mari, Henri d’Albret, roi de Navarre, qui lui donne le nom d’Albret par alliance — pas sa naissance.
Un seul frère connu
Le seul lien de fratrie documenté est celui avec François Ier. Elle ne partage pas de sœur nommée Claude : Claude de France, reine par son mariage avec François Ier, est la fille de Louis XII, sans lien de sang avec Marguerite.
En 1509, à dix-sept ans, Marguerite épouse Charles d’Alençon et devient duchesse d’Alençon. En 1517, François Ier, devenu roi trois ans plus tôt, la fait duchesse de Berry. Devenue veuve en 1525, elle se remarie en 1527 avec Henri d’Albret, roi de Navarre : c’est ce second mariage, et lui seul, qui fait d’elle la reine de Navarre. En 1528 naît leur fille Jeanne d’Albret, qui deviendra à son tour reine de Navarre en 1555 et sera la mère d’Henri de Bourbon — le futur roi Henri IV.
1509Mariage avec Charles d’Alençon ; devient duchesse d’Alençon.
1517François Ier la fait duchesse de Berry.
1521-1524Correspondance spirituelle avec Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, proche du Cénacle réformateur.
1527Second mariage avec Henri d’Albret, roi de Navarre ; elle devient reine de Navarre.
1528Naissance de sa fille Jeanne d’Albret, future mère d’Henri IV.
1545-1549Rédaction, inachevée, de L’Heptaméron — 72 nouvelles sur les 100 prévues.
1549Mort à Odos-en-Bigorre, le 21 décembre.
1559Publication posthume de L’Heptaméron par Claude Gruget.
Comme souvent dans la monarchie française, le titre suit l’alliance plutôt que la naissance — une logique qu’on retrouve, un siècle et demi plus tard, chez les femmes qui ont compté sous le règne de Louis XIV.
Surnommée la « dixième des muses » par ses contemporains, Marguerite protège à la cour puis à Nérac des écrivains comme François Rabelais — qui lui adresse un dizain au tout début du Tiers Livre, publié en 1546 — et Bonaventure des Périers. Son œuvre la plus connue reste L’Heptaméron, recueil inachevé de 72 nouvelles composées entre 1545 et 1549, directement inspiré des Cent nouvelles de Boccace (le Décaméron) dont la cour venait de découvrir la traduction. Le texte est publié après sa mort : une première version partielle paraît en 1558 sous un autre titre, puis la version complète sous le nom L’Heptaméron en 1559, par les soins de Claude Gruget.
Ce que couvre L’Heptaméron
Les 72 nouvelles, réparties sur sept journées (la huitième restant inachevée), abordent l’amour, la morale, la religion et les rapports entre hommes et femmes à travers des récits que se racontent dix devisants réfugiés dans un monastère pyrénéen après une crue.
Elle est aussi l’auteure de poèmes spirituels comme Le Miroir de l’âme pécheresse (vers 1531) ou La Navire, écrite après la mort de François Ier en 1547 — une œuvre qui, comme les symboles de la royauté française tels que la fleur de lys, participe du rayonnement de la dynastie des Valois.
Dès les années 1520, Marguerite se rapproche des idées de la Réforme sans jamais rompre avec l’Église catholique. Sa correspondance avec Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, éclaire cette évolution spirituelle et son soutien discret au « Cénacle de Meaux », ce cercle de réformateurs modérés — Briçonnet, Michel d’Arande, Gérard Roussel — que la Sorbonne fait dissoudre en 1524. Tout au long de son existence, elle protège des figures menacées de poursuites pour hérésie, dont Jacques Lefèvre d’Étaples, secouru par François Ier après la condamnation de l’un de ses livres par la Sorbonne en 1521.
Restée proche de François Ier jusqu’à sa mort en 1547, elle pèse sur ses décisions en faveur des lettrés et des réformistes menacés par la Sorbonne.
Une position d’équilibre
Ni ouvertement protestante, ni figure de l’orthodoxie catholique, elle incarne une voie de tolérance — attitude qui lui vaut la méfiance des deux camps les plus radicaux.
Retirée à Mont-de-Marsan dès 1542 puis à Odos-en-Bigorre où elle meurt le 21 décembre 1549, Marguerite laisse un double héritage. Littéraire d’abord, avec L’Heptaméron, toujours étudié comme l’un des textes majeurs de la prose française du XVIe siècle. Dynastique ensuite : sa fille Jeanne d’Albret devient reine de Navarre en 1555 et donne naissance à Henri de Bourbon, futur Henri IV — Marguerite d’Angoulême est donc la grand-mère du premier roi Bourbon de France. Elle repose aux côtés des rois de Navarre dans l’ancienne cathédrale de Lescar.
Cette France des lignages et des châteaux — pensez à ceux de Bouteville ou de l’Épinay — s’inscrit dans une continuité capétienne bien plus ancienne, jusqu’à Philippe Auguste, trois siècles avant elle.
À retenir
1Marguerite d’Angoulême (1492-1549) n’est pas la « reine Margot » : deux princesses distinctes, nées à 60 ans d’écart.
2Elle devient reine de Navarre par son second mariage (1527), pas par sa naissance.
3L’Heptaméron : 72 nouvelles inachevées, publiées après sa mort (1558-1559).
4Médiatrice entre catholiques et protestants, sans jamais rompre avec Rome.
5Grand-mère d’Henri IV par sa fille Jeanne d’Albret.
Une princesse française née en 1492, sœur aînée du roi François Ier, devenue reine de Navarre par son mariage avec Henri d’Albret, et connue comme écrivaine pour L’Heptaméron.
Marguerite d’Angoulême et la reine Margot, est-ce la même personne ?
Non. Marguerite d’Angoulême (1492-1549) est la sœur de François Ier. La « reine Margot », Marguerite de France (1553-1615), est née près de soixante ans plus tard et fut la première épouse d’Henri IV. Les deux partagent le nom « Marguerite de Valois » dans l’usage, mais pas la même vie.
Quel est le principal ouvrage littéraire de Marguerite d’Angoulême ?
L’Heptaméron, recueil inachevé de 72 nouvelles inspirées du Décaméron de Boccace, publié après sa mort en 1558-1559.
Quel rôle a-t-elle joué dans les débats religieux de son temps ?
Proche des idées de la Réforme sans jamais rompre avec l’Église catholique, elle protège des réformateurs menacés par la Sorbonne, comme les membres du Cénacle de Meaux.
Marguerite d’Angoulême est-elle liée à Henri IV ?
Oui : sa fille Jeanne d’Albret, reine de Navarre à partir de 1555, est la mère d’Henri de Bourbon, futur roi Henri IV. Marguerite est donc la grand-mère du premier roi Bourbon de France.
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Je suis l'actualité de près depuis une dizaine d'années, avec le réflexe du journaliste : vérifier avant de raconter. Je couvre l'information générale, les grands sujets de société et les faits marquants, en cherchant à éclairer plutôt qu'à suivre le bruit du moment. Mon travail consiste à remettre une nouvelle dans son contexte, à expliquer ses enjeux et à donner au lecteur de quoi se faire son propre avis. Je recoupe systématiquement mes sources, je distingue l'information confirmée de la rumeur et je sépare nettement les faits du commentaire. Je me méfie autant du sensationnalisme que des raccourcis. Mon angle reste celui d'une information sobre, hiérarchisée et honnête, qui respecte l'intelligence de celui qui lit. Dans un flux d'actualité permanent, je crois plus que jamais à la valeur du recul et de la vérification. Retrouvez Mathieu Chastel sur mathieuchastel.fr
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